Choeur de Chambre du Conservatoire
28 juin – 1er Juillet 2018

MAURICE DURUFLÉ
– Prélude, adagio et choral arié sur le thème du veni Creator Op.4 pour orgue
– Missa cum Jubilo op.11, pour baryton solo, choeur de barytons et orgue Din Rajaonson, baryton
– Notre Père op.14, pour choeur mixte a cappella, Myriam Landau, direction
FRANCIS POULENC
– Ave Verum Corpus, motet pour choeur de femmes a cappella, Marie Cristol, direction
– Litanies à la Vierge noire de Rocamadour, pour choeur de femmes et orgue
MAURICE DURUFLÉ
– Ubi Caritas op.10 n°1, motet pour choeur mixte a cappella
– Requiem op.9, (version de 1948), pour soli, violoncelle, choeur mixte et orgue Jacqueline Hoarau, mezzo-soprano, Din Rajaonson, baryton, Christophe Boney, violoncelle

VINCENT BÉNARD ORGUE / DANIEL BARGIER DIRECTION

Avec la participation des élèves du Jeune Choeur et des Jeunes Voix du CRR de Saint-Pierre, professeur Marie Cristol
Remerciements à Monsieur Jacques Detan pour la mise à disposition de son orgue Johannus Sweelinck 30.

Dates :

• jeudi 28 juin 20h • ÉGLISE DE TERRE SAINTE – SAINT-PIERRE
• vendredi 29 juin 20h • ÉGLISE DE LA DÉLIVRANCE – SAINT-DENIS
• dimanche 1er juillet 17h • ÉGLISE DE SAINT-GILLES LES HAUTS

Billetterie : www.monticket.re, tarif unique 10€

Maurice Duruflé
(1902-1986)

Requiem op.9
Le Requiem op.9 de Maurice Duruflé est reconnu comme l’un des chefs d’oeuvre du XXe siècle musical. Il en existe trois versions : deux pour choeur et orchestre, et une pour choeur avec
orgue seul.
C’est cette version qui sera interprétée, une version si juste et limpide qu’on a l’impression que c’est elle que Duruflé a vraiment entendue intérieurement. Elle n’est pas un substitut de
celles pour orchestre, mais une véritable partition réalisée dans l’esprit de l’instrument. Ici, non seulement l’orgue équilibre parfaitement les choeurs, mais il exalte la vocalité merveilleuse
de ces pages en s’effaçant paradoxalement devant elles. Présence nécessaire parce qu’elle ne s’impose pas, mais développe un souffle profond et coloré.
On a souvent comparé le Requiem de Maurice Duruflé à celui de Gabriel Fauré parce qu’il est porteur de paix, de consolation et d’espérance. Mais au-delà de certaines ressemblances de pure forme, l’esprit qui se dégage de l’oeuvre de Duruflé est sensiblement différent : on y relève des passages puissamment dramatiques dans l’évocation de la gueule du lion et des peines de l’enfer, dans celle de la fin du temps et du feu infernal. L’Hosanna du Sanctus est une fantastique envolée d’une force saisissante ; et que dire du Pie Jesu, que Fauré confie à une angélique voix d’enfant, là où Duruflé signe une page d’un lyrisme poignant.
Mieux qu’aucune autre peut-être, cette musque exprime la confiance que l’homme place en Dieu face à ses craintes et ses doutes. Elle nous livre un message très humain : désarroi de l’homme, lutte, mais aussi espoir face à son devenir.

Missa cum Jubilo op.11
Oeuvre presque ultime de Duruflé, la dernière étant le Notre Père composé en 1977, cette messe fait pendant au Requiem malgré les années qui les séparent. Cette courte messe, consacrée à la Vierge, est écrite pour une formation originale associant un baryton soliste et un chœur de barytons.
Il en existe trois versions, respectivement avec orgue (1967), avec grand orchestre (1970) et avec orchestre réduit (1972). De climat proche du grégorien, elle est monophonique pour sa partie vocale.
Le premier mouvement Kyrie annonce le climat général très recueilli de l’oeuvre. Le second mouvement Gloria, véritable cœur de l’œuvre, déborde d’une belle et brillante
jubilation dans les parties initiale et finale, et résonne dans sa partie centrale d’un climat plus humble confié au baryton soliste. Le Sanctus débute par un andante implorant, avant que le mouvement ne s’accélère jusqu’à un Hosanna à l’esprit festif et percussif qui précède le retour à l’apaisement final. Le très court et dépouillé Benedictus est confié au baryton. L’Agnus Dei final débute par une superbe introduction avant d’exposer successivement d’abord piano, puis mezzo forte et à nouveau piano à trois reprises la supplique de piété. Une très émouvante musique
apaisée, simple, entièrement en nuances médianes.

Francis Poulenc
(1899-1963)
Litanies à la Vierge noire de Rocamadour
Les Litanies à la Vierge noire ne sont pas le résultat d’une commande, mais naissent d’un épisode tragique et d’une expérience personnelle qui marqueront profondément les convictions
intimes du compositeur.
En août 1936, Francis Poulenc séjourne dans le Quercy, à Uzerche, en compagnie d’Yvonne Gouverné et du baryton Pierre Bernac. C’est là qu’il apprend la mort atroce par décollation,
dans un accident de voiture, du jeune compositeur Pierre-Octave Ferroud, rencontré en 1934 au Festival de Salzbourg dont celui-ci assurait la direction artistique. Bien qu’il ne soit pas
intimement lié à Ferroud, cette nouvelle est pour Poulenc un véritable choc. Il l’écrit lui-même à son ami, le compositeur Georges Auric : « La mort de Ferroud m’a bouleversé – à tous
les points de vue. Songe au vide d’une semblable œuvre une fois l’auteur disparu. Ma musique marche bien évidemment et je serais monstrueux de me plaindre (…), mais je me demande
si je claquais aujourd’hui… »
Comme Poulenc le confiera plus tard à Claude Rostand, les années précédentes avaient été marquées par une « longue crise d’oubli religieux. De 1920 à 1935, je me suis, je l’avoue, peu
soucié des choses de la foi ». Le décès de Ferroud le laisse « frappé de stupeur ». Songeant au peu de poids de notre enveloppe humaine, la vie spirituelle m’attirait à nouveau ».
Dans les jours qui suivent, il se rend avec Pierre Bernac et Yvonne Gouverné au sanctuaire de la Vierge noire de Rocamadour, dont le pèlerinage, étape sur le chemin de Compostelle, remonte au
XIe siècle. Cette visite, la paix qui se dégage du lieu le bouleversent.
Yvonne Gouverné en parle ainsi : « Nous sommes entrés tous les trois dans une chapelle silencieuse où se trouve la statue de la Vierge noire (…) ; rien ne s’est passé en apparence et pourtant tout était changé dans la vie spirituelle de Poulenc. Il avait acheté une petite image revêtue du texte des Litanies à la Vierge noire ». Le soir même, il commence à composer sur le
texte récité par les pèlerins, et achève en sept jours seulement les Litanies à la Vierge noire pour choeur de femmes à trois parties et orgue, prière émouvante d’humilité, transparente de ferveur et de « dévotion paysanne », selon une expression de Poulenc.
Après une courte introduction d’orgue, une phrase a cappella lance l’imploration à la Vierge noire, l’orgue et les voix se répondant dans un tempo « calme » et fervent, interrompu par les accents
plus véhéments qui viennent évoquer la Vierge guerrière à qui Saint Louis confia le bonheur de la France. Puis, le calme initial retrouvé, se développe la longue coda d’exhortations dont le
tissu harmonique plus riche s’éteindra dans le pianissimo de l’orgue seul. « C’est très spécial, humble et je crois assez saisissant »confiera Poulenc à Nadia Boulanger, qui créera l’œuvre à Londres
lors d’un concert de la BBC, le 17 novembre 1936.